L’usine Baykar d’Istanbul, en Turquie, ressemble à un campus universitaire entouré de hauts murs et de barbelés. Les bâtiments ultramodernes sont flanqués de vastes halls en verre et en béton, où circulent, par petits groupes, des jeunes portant de banales tenues de ville. D’après les responsables des lieux, la moyenne d’âge des 4 000 employés y est de 29 ans. Mais le côté décontracté s’arrête là : pas de prises de vue ni d’interviews. Ici, à Basaksehir, dans ce quartier lointain de la rive européenne de la mégapole du Bosphore, siège le fleuron de l’industrie turque, l’une des meilleures entreprises d’armement du pays.
C’est là, loin des sentiers battus et au milieu d’une nappe urbaine en pleine construction, que sont assemblés et testés les célèbres drones Bayraktar (« le porteur de drapeau », en turc) utilisés par l’armée ukrainienne contre les Russes. Des drones tactiques et de combat sans pilote, utilisés également contre les unités arméniennes lors du conflit du Haut-Karabakh, en Libye face aux troupes du maréchal Khalifa Haftar ou encore au Burkina Faso et au Mali, au Maroc et en Ethiopie. Ils sont une trentaine de pays à être ainsi devenus utilisateurs du modèle phare TB2. Chaque fois, semble-t-il, avec succès. Les Ukrainiens lui ont même consacré une chanson pour le célébrer.
Il est loin le temps où l’entreprise livrait ses premiers engins en catimini, au mitan des années 2010, à l’armée turque pour surveiller et bombarder les positions des combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan dans l’est du pays et dans le nord de l’Irak. Dirigé par Haluk Bayraktar et son plus jeune frère Selçuk, chargé de la direction technique, ancien du Massachusetts Institute of Technology et gendre du président turc, Recep Tayyip Erdogan, depuis 2016, Baykar est devenu la figure de proue du « hard power » turc, changeant non seulement la nature des conflits, mais permettant aussi la montée en puissance du pays sur la scène mondiale.
sources : agence Anadolu , JP D.
photo : D.R.